La guerre fait rage sur le marché des aides auditives

Mercredi, 24 Juillet, 2013

Après la guerre des lunettes loupes, la bataille des aides auditives bat son plein. Les syndicats d'audioprothésistes attaquent sur plusieurs fronts l'assistant d'écoute «Sonalto» de la société Sonalto. Cet appareil sans réglage est vendu sans ordonnance en pharmacie et sur Internet au prix de 299 euros par oreille, alors que les audioprothèses classiques coûtent en moyenne 1 800 euros. L'Unsaf, le Syndicat national des audioprothésistes, a assigné en justice la start-up créée en 2010 et intenté un procès à un pharmacien de Saint-Germain-en-Laye qui commercialise ces aides destinées aux personnes souffrant de gênes auditives légères.
Selon les audioprothésistes, leur combat n'a rien à voir avec la longue guerre menée par les opticiens contre les lunettes loupes. "Un patient atteint de presbytie voit mal de près seulement alors que la presbyacousie. est une atteinte de la qualité de l'oreille dans son ensemble", explique Luis Godinho, président de l'Unsaf. En outre, "le reste à charge d'un produit d'entrée de gamme vendu 900 euros chez un audioprothésiste n'est pas très différent du coût de Sonalto, après les remboursements de la sécurité sociale (120 euros) et la mutuelle (300 à 400 euros)", affirme-t-il.
Jusqu'à 3600 officines ont commercialisé Sonalto, mais les pharmaciens sont refroidis aujourd'hui par le procès intenté à leur confrère et par la position de l'Ordre des pharmaciens. En attendant la fin des procès en cours, celui-ci a déconseillé la vente de ces aides en pharmacie en rappelant qu'"une officine n'est pas un bazar". Quant à l'ANSM, l'Agence nationale de sécurité du médicament, elle réclame "soit un classement en dispositif médical qui, curieusement, inclurait Sonalto dans le monopole des audioprothésistes, soit la suppression de toute mention d'ordre médical", explique Maxence Petit, cofondateur de Sonalto.

Marché d'1 milliard d'euros

"Sonalto est un petit amplificateur de confort qui peut rendre service, au théâtre, dans un dîner bruyant, pour regarder la télévision", explique pourtant Jacques Schlosser de l'association Surdi 13. "Si on ne peut les distribuer , une part non négligeable de la population malentendante, 6 millions de personnes en France, en pâtira. Cela permet de s'habituer à un appareil. C'est utile quand on sait que les gens qui en ont besoin attendent cinq à sept ans avant de passer à l'acte. "
Sur le même marché, la société Tinteo commercialise des amplificateurs de sons. En forme de casque, ceux-ci sont moins comparables aux prothèses auditives vendues dans les magasins spécialisés et la profession ne s'est pas attaquée à Tinteo. Mais "elle pourrait le faire si Tinteo continue de promouvoir son produit vers les malentendants" assure Luis Godinho.
L'enjeu est commercial, résument les observateurs du marché, estimé à un milliard d'euros en France. En attendant Sonalto, dont la survie est en jeu, les audioprothésistes, des grandes chaines (Amplifon, Audika, Etc .) et des milliers de magasins indépendants cherchent surtout à gagner du temps. Pourtant, "la mise sur le marché de lunettes loupes à 15 euros n'a pas tué les opticiens. Ils se portent à merveille alors que ces lunettes sont commercialisées aujourd'hui partout, y compris dans les pharmacies et dans les magasins des opticiens", souligne Jacques Schlosser.