Audioprothèses: Sonalto sème le trouble

Mardi, 1 Janvier, 2013

Après les lunettes loupes vendues sans ordonnance et à petits prix, les assistants d'écoute débarquent dans les pharmacies.
Lancé par Sonalto, une start-up parisienne, le nouvel appareil, baptisé «Sonalto», ne nécessite ni prescription médicale, ni empreinte du conduit auditif, ni réglage par un professionnel.
Prête à l'emploi, cette oreillette numérique amplifie les sons de ll à 20 décibels selon la position choisie par l'utilisateur. Et ce pour moins de 300 € par oreille, soit cinq à six fois moins qu'une audioprothèse classique.
Un moyen de démocratiser l'accès aux aides auditives, même si Sonalto ne concurrence pas directement les audioprothèses. « C'est une oreillette de confort qui ne corrige que les gênes auditives légères ou débutantes liées au vieillissement naturel de l'oreille (presbyacousie) », précise Maxence Petit, fondateur de Sonalto. Pas question de remettre en question le savoir-faire et la compétence des audioprothésistes dans le traitement des surdités moyennes ou sévères ! UN ASSISTANT D'ÉCOUTE TOUT À FAIT LÉGAL Distribué depuis deux ans dans 3 500 pharmacie et sur internet. (Happyview.fr et Newpharma.be), Sonalto compterait à ce jour 3500 utilisateurs.

Ce succès encore modeste est malgré tout une première brèche dans le monopole des audioprothésistes, qui ne s'y sont pas trompés. Ils ont immédiatement assigné Sonalto devant le tribunal d'instance de Paris pour «délivrance d'audioprothèse sans prescription médicale», tout en lançant une campagne de communication vers les officines. «Non contents de nous traîner en justice, ils tentent de nous déstabiliser auprès des pharmaciens par des courriers mensongers, prétendant que la distribution de Sonalto est illégale», s'indigne Maxence Petit. La procédure suit son cours. En attendant, d'autres assistants d'écoute sous forme de boîtiers ou de casques sont sur le marché depuis des années, sans que les audioprothésistes ne s'en émeuvent. « Ce qui les gêne avec Sonalto, c'est qu'il a la même forme qu'un appareil auditif classique», poursuit Maxence Petit. Il ne s'agit pourtant que d'un «assistant auditif préréglé », une catégorie de dispositifs médicaux reconnue par l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament, ex-Afssaps). Ils sont disponibles et commercialisés librement depuis longtemps aux États-Unis, «afin d'aider les personnes ayant une audition normale à mieux entendre dans des situations comme les restaurants bruyants ou les grands rassemblements ». Mais au nom du principe de précaution et de la défense de la santé publique, les instances professionnelles françaises multiplient les mises en garde. «La baisse d'audition n'est pas toujours la conséquence de l'âge, elle peut être le symptôme d'une pathologie qu'il est important de détecter», avertit Luis Godhino, président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf). «Le port de Sonalto sera alors sans effet, ce qui doit conduire l'utilisateur à consulter très vite un ORL», rétorque Maxence Petit.

AUDIOPROTHÈSES TROP CHÈRES

La France compte plus de six millions de malentendants, mais seulement un million d'entre eux sont appareillés, c'est beaucoup moins qu'en Allemagne, en Angleterre ou au Danemark. Toutes les enquêtes réalisées ces dernières années montrent que le prix élevé des aides auditives représente le premier obstacle à l'appareillage, très loin devant l'esthétique et la « honte de montrer son handicap ». Pour s'équiper, il faut en effet débourser en moyenne 1600 € par appareil, soit 3 200 € pour les deux oreilles, alors que le remboursement de l'assurance maladie et celui des mutuelles restent marginaux. Si l'on exclut les offres CMU, le reste à charge moyen pour l'assuré est supérieur à 2 000 €. Un coût exorbitant que peu de personnes ont les moyens de supporter. Les audioprothésistes, qui campaient, depuis des années, sur une situation de monopole, commencent à sentir l'édifice vaciller. Et pour parer au danger, ils découvrent (un peu tard) les besoins d'une clientèle plus vaste à laquelle ils pourraient proposer des modèles bon marché au lieu de les orienter systématiquement vers le dernier cri. Facturés moins de 1000 €, ces appareils (qui constituaient le haut de gamme il y a cinq ans) s'avèrent largement suffisants pour couvrir les besoins de la majorité des malentendants. «Du sur-mesure à un prix à peine plus élevé que Sonalto, une fois déduites les prises en charge de la Sécurité sociale et de la mutuelle», souligne Luis Godhino. Reste à convaincre ces nouveaux clients de franchir la porte des centres spécialisés au lieu d'acheter une aide auditive comme une paire d'écouteurs dans un grand magasin. C'est loin d'être gagné